Article· 9 min de lecture· 15 octobre 2026

Vidéaste auto-entrepreneur : ce que la micro-entreprise permet, et ce qu'elle ne permet pas

Le statut de vidéaste auto-entrepreneur, c’est le régime de la micro-entreprise : une entreprise individuelle déclarée en ligne, des cotisations calculées uniquement sur ce que tu encaisses, une comptabilité réduite à un livre de recettes et, en dessous d’un seuil, pas de TVA à facturer. C’est le cadre avec lequel la quasi-totalité des vidéastes de la communauté démarrent. Il a aussi des limites nettes : pas de frais déductibles, pas de TVA récupérée, pas d’associé, un plafond de chiffre d’affaires. Cet article déroule les démarches, les chiffres à connaître (en ordres de grandeur 2026, à vérifier), ce que la micro ne permet pas, et les signaux qui disent qu’il est temps de passer en société.

La micro-entreprise : le statut de départ, en pratique

Pour facturer tes premières vidéos légalement, il te faut un numéro SIRET, et la micro-entreprise est le moyen le plus simple de l’obtenir : une déclaration en ligne sur le guichet unique des formalités d’entreprises, sans frais, et un SIRET sous une à deux semaines. Tu peux facturer dès réception. Les chiffres qui suivent bougent chaque année : vérifie-les sur le portail Urssaf des auto-entrepreneurs et sur l’espace Entreprendre de service-public.fr.

  • La catégorie d’activité. La production de vidéos pour des clients est une prestation de services, classée en libéral (BNC) ou en commercial (BIC) selon la façon dont tu décris ton activité à l’immatriculation. Cela change légèrement le taux de cotisations et l’abattement fiscal : pose la question à l’Urssaf ou à un expert-comptable à la création, c’est pénible à corriger ensuite.
  • Les cotisations sociales. Un pourcentage du chiffre d’affaires encaissé, déclaré chaque mois ou chaque trimestre. En ordre de grandeur, autour d’un quart du chiffre d’affaires pour une prestation de services en 2026, selon la catégorie et l’année : à vérifier. Pas de chiffre d’affaires, pas de cotisation, et c’est ce qui rend le régime confortable quand les mois sont irréguliers.
  • L’ACRE. Une exonération partielle de cotisations la première année existe sous conditions (demandeurs d’emploi indemnisés, jeunes, bénéficiaires de minima sociaux, par exemple) et se demande dans les semaines qui suivent la création : à vérifier.
  • L’impôt sur le revenu. Il se calcule après un abattement forfaitaire sur le chiffre d’affaires, ou par versement libératoire sous condition de revenu. La cotisation foncière des entreprises arrive à partir de la deuxième année : à vérifier sur impots.gouv.fr.

La TVA en franchise : l’avantage et le piège

En dessous d’un seuil de chiffre d’affaires, un micro-entrepreneur est en franchise en base de TVA : il ne la facture pas et porte sur ses factures la mention « TVA non applicable, article 293 B du CGI ». Pour les prestations de services, ce seuil tourne autour de 37 000 € par an en 2026, avec un seuil majoré de tolérance. Il a fait l’objet d’annonces de réforme puis de suspensions ces dernières années : vérifie-le sur service-public.fr avant de bâtir tes prix dessus.

L’avantage : face à un particulier, ton prix est de l’ordre de 20 % plus compétitif que celui d’un concurrent assujetti. Le piège : face à une entreprise, qui récupère la TVA, cet avantage n’existe pas, et toi tu ne récupères pas la TVA sur ta caméra, tes optiques ou tes locations. L’autre piège, c’est le mois où tu dépasses le seuil : tes devis aux particuliers prennent 20 % d’un coup, ou tu absorbes la différence. La fiche franchise en base de TVA détaille le mécanisme ; dans la communauté, les vidéastes en B2B qui investissent regardent tôt l’option pour la TVA, un calcul à faire avec un expert-comptable.

Ce que la micro-entreprise ne permet pas

La micro-entreprise est simple parce qu’elle est forfaitaire, et c’est le forfait qui la limite. Quatre choses lui sont impossibles, ou presque.

  • Déduire tes frais réels. L’abattement forfaitaire remplace tes charges : que tu achètes un boîtier à 4 000 € ou rien du tout, le calcul est le même. Ton matériel n’est pas amorti, ta sous-traitance de montage n’est pas déduite. Tant que tes frais restent modestes, le forfait joue pour toi ; dès que tu délègues ou que tu investis, il se retourne contre toi.
  • Récupérer la TVA. En franchise, tu la paies sur tout ce que tu achètes sans la récupérer.
  • T’associer ou embaucher facilement. Une micro-entreprise, c’est une personne : toi. Pas d’associé, pas de parts, et l’embauche, possible en théorie, n’a presque jamais de sens économique dans ce régime.
  • Dépasser le plafond. Pour les services, le régime est limité à un chiffre d’affaires annuel de l’ordre de 77 000 €, apprécié sur deux années consécutives : à vérifier. Au-delà, tu bascules dans un régime réel d’imposition, même sans créer de société.

Et ce que tu « gagnes » n’est pas ton chiffre d’affaires : une fois cotisations et frais retirés, il reste souvent entre la moitié et les deux tiers de ce que tu as facturé, avant impôt. Combien gagne un vidéaste fait le calcul ligne par ligne, et le simulateur de TJM le fait avec tes chiffres.

Quand passer en société : les signaux

On crée une société quand la micro-entreprise ne suffit plus, pas pour avoir l’air sérieux : aucun client ne signe pour un Kbis. Les signaux qu’on voit revenir dans la communauté :

  • Tu t’approches du plafond du régime deux années de suite.
  • Tes charges réelles (sous-traitance, location, matériel) dépassent largement l’abattement forfaitaire.
  • Tu veux t’associer, ou un client régulier te demande une structure de société pour un appel d’offres.
  • Tu envisages d’embaucher, ou de te verser une rémunération lissée plutôt que de vivre au rythme des encaissements.

Si tu coches deux ou trois de ces cases, prends rendez-vous avec un expert-comptable, avec tes chiffres des douze derniers mois. Sinon, reste en micro : les frais fixes d’une société arrivent tout de suite, ses avantages plus tard.

CritèreMicro-entrepriseSociété (EURL, SASU)
CréationEn ligne, sans frais, une à deux semainesStatuts, capital, annonce légale, compte pro ; quelques centaines d’euros et plusieurs semaines
CotisationsPourcentage du chiffre d’affaires encaissé (autour d’un quart pour les services, à vérifier)Calculées sur la rémunération réelle du dirigeant, à des taux plus élevés
Frais et matérielNon déductibles, remplacés par un abattement forfaitaireDéductibles et amortissables, TVA récupérable
ComptabilitéLivre de recettes, déclaration Urssaf mensuelle ou trimestrielleBilan annuel, expert-comptable conseillé (un à deux milliers d’euros par an)
PlafondDe l’ordre de 77 000 € de CA pour les services (à vérifier)Aucun
Associés, embaucheNonOui
Pour quiLa quasi-totalité des vidéastes les premières annéesCA élevé, investissements lourds, associés, sous-traitance régulière

Le guide Structurer son activité de vidéaste détaille le passage d’un cadre à l’autre, et ce qu’il vaut mieux mettre en place avant de changer de statut : contrats, trésorerie, process.

Intermittence, portage, et l’assurance qu’il te faut quand même

Deux autres cadres reviennent dans les questions qu’on reçoit, et ils concernent rarement un vidéaste qui facture en direct. L’intermittence du spectacle s’adresse aux techniciens embauchés en CDD d’usage par des sociétés de production ou de l’audiovisuel, pas à l’indépendant qui vend ses vidéos à des PME ; si tu signes des devis, tu n’es pas intermittent. Le portage salarial te fait salarier par une société qui facture tes clients à ta place et te reverse un salaire après ses frais ; utile pour tester sans créer de structure, coûteux à la longue.

Quel que soit le cadre, il te manque sans doute une assurance : la responsabilité civile professionnelle. Aucune assurance n’est légalement obligatoire pour un vidéaste indépendant, mais la RC pro couvre les dégâts que tu causes chez un client (un pied de lumière sur un écran, un fichier perdu qui oblige à retourner), et certaines entreprises, les grands comptes et les collectivités surtout, la demandent avant de signer. Ajoute une assurance du matériel hors domicile, que ton assurance habitation ne couvre presque jamais. Compte quelques centaines d’euros par an pour les deux, et fais les devis la semaine où tu demandes ton SIRET.

Dans le podcast : trois reconversions, un même point de départ

Dans l’épisode 218, Victor Claverie, docteur en métallurgie devenu vidéaste corporate début 2024, raconte une première année qui ne décolle pas : il se forme beaucoup, vise le sport, reprend un travail alimentaire en fin d’année. Le statut n’était pas le problème. Sa leçon : « Ce que tu vends, ce n’est pas ta prestation, c’est un rendez-vous client. » Il garde son diplôme d’ingénieur comme roue de secours, se donne six mois, décroche le téléphone, et près de 70 % de son chiffre de l’année suivante se fait entre septembre et décembre.

Joseph Paris, dans l’épisode 206, vient lui aussi d’un poste de salarié, développeur. Lui non plus n’a pas changé de régime pour stabiliser son activité : il a répété une séquence, entretien de découverte, proposition commerciale, devis signé, acompte. « Plus les rouages sont fluides et plus ça fonctionne. » Et François Gourdin, dans l’épisode 209, raconte le jour où il a séparé son pseudo d’artiste de son activité professionnelle : « Il faut que je mette la posture professionnelle à part. » Pour tracer cette ligne, la micro-entreprise est l’outil le plus simple.

Bref, le statut se choisit en une après-midi. Ton énergie, garde-la pour les clients. Franchement, on n’a jamais vu un vidéaste échouer à cause de son régime. Faute de rendez-vous, on en a vu beaucoup.

Questions fréquentes

Quel statut choisir pour débuter comme vidéaste ?

La micro-entreprise, dans la quasi-totalité des cas. Déclaration en ligne sans frais, SIRET sous une à deux semaines, cotisations calculées uniquement sur ce que tu encaisses. Elle suffit tant que tu travailles seul, que tes frais restent modestes et que ton chiffre d’affaires reste sous le plafond du régime, de l’ordre de 77 000 € pour les services en 2026, à vérifier sur autoentrepreneur.urssaf.fr.

Quel pourcentage de cotisations paie un vidéaste auto-entrepreneur ?

En ordre de grandeur, autour d’un quart du chiffre d’affaires encaissé pour une prestation de services en 2026, selon la catégorie d’activité (BNC ou BIC) et l’année. L’impôt sur le revenu vient en plus, après un abattement forfaitaire. Vérifie le taux en vigueur sur autoentrepreneur.urssaf.fr avant de calculer ton TJM.

Un vidéaste auto-entrepreneur facture-t-il la TVA ?

Pas tant qu’il reste sous le seuil de la franchise en base, autour de 37 000 € de chiffre d’affaires annuel pour les services en 2026, avec un seuil majoré de tolérance, à vérifier sur service-public.fr. Ses factures portent la mention « TVA non applicable, article 293 B du CGI ». En contrepartie, il ne récupère pas la TVA sur son matériel.

Quand un vidéaste doit-il passer en société ?

Quand il approche du plafond du régime deux années de suite, quand ses charges réelles dépassent largement l’abattement forfaitaire, quand il veut s’associer ou embaucher, ou quand des clients exigent une structure de société. Avant, la micro-entreprise suffit ; la décision se prend avec un expert-comptable et les chiffres des douze derniers mois.

L’assurance RC pro est-elle obligatoire pour un vidéaste ?

Non, aucune assurance n’est légalement imposée à un vidéaste indépendant. Dans les faits, la responsabilité civile professionnelle est indispensable : elle couvre les dommages causés chez un client, et certaines entreprises la demandent avant de signer. Compte quelques centaines d’euros par an avec l’assurance du matériel.

Le statut n’est qu’une étape du parcours ; le guide Devenir vidéaste le replace entre la formation, le matériel et les premiers clients, avec un plan des 90 premiers jours. Pour poser un prix cohérent avec ton régime, le guide des tarifs et la définition du TJM sont les deux lectures suivantes. Et si ta micro-entreprise est créée mais que les rendez-vous manquent, c’est ce qu’on travaille pendant 30 jours dans l’Incubateur.

FAQ

Questions fréquentes

Quel statut choisir pour débuter comme vidéaste ?

La micro-entreprise, dans la quasi-totalité des cas. Déclaration en ligne sans frais, SIRET sous une à deux semaines, cotisations calculées uniquement sur ce que tu encaisses. Elle suffit tant que tu travailles seul, que tes frais restent modestes et que ton chiffre d'affaires reste sous le plafond du régime, de l'ordre de 77 000 € pour les services en 2026, à vérifier sur autoentrepreneur.urssaf.fr.

Quel pourcentage de cotisations paie un vidéaste auto-entrepreneur ?

En ordre de grandeur, autour d'un quart du chiffre d'affaires encaissé pour une prestation de services en 2026, selon la catégorie d'activité (BNC ou BIC) et l'année. L'impôt sur le revenu vient en plus, après un abattement forfaitaire. Vérifie le taux en vigueur sur autoentrepreneur.urssaf.fr avant de calculer ton TJM.

Un vidéaste auto-entrepreneur facture-t-il la TVA ?

Pas tant qu'il reste sous le seuil de la franchise en base, autour de 37 000 € de chiffre d'affaires annuel pour les services en 2026, avec un seuil majoré de tolérance, à vérifier sur service-public.fr. Ses factures portent la mention « TVA non applicable, article 293 B du CGI ». En contrepartie, il ne récupère pas la TVA sur son matériel.

Quand un vidéaste doit-il passer en société ?

Quand il approche du plafond du régime deux années de suite, quand ses charges réelles dépassent largement l'abattement forfaitaire, quand il veut s'associer ou embaucher, ou quand des clients exigent une structure de société. Avant, la micro-entreprise suffit ; la décision se prend avec un expert-comptable et les chiffres des douze derniers mois.

L'assurance RC pro est-elle obligatoire pour un vidéaste ?

Non, aucune assurance n'est légalement imposée à un vidéaste indépendant. Dans les faits, la responsabilité civile professionnelle est indispensable : elle couvre les dommages causés chez un client, et certaines entreprises la demandent avant de signer. Compte quelques centaines d'euros par an avec l'assurance du matériel.

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Par Guillaume et Antoine, vidéastes en activité · 4,7/5 sur Trustpilot